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Antoine Henri de JOMINI

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Monographie du général Jomini

6 mars 1779 : Naissance d’Antoine Henri Jomini, à Payerne, Canton de Vaud, Suisse.
Vers l'age de 12 ans, il est attiré par le métier des armes, et des démarches sont entreprises pour son admission à l'école militaire du prince de Wurtemberg à Montbéliard.
Par suite du transfert de l’école à Stuttgart, le projet est abandonné.
La Révolution empêchant sa famille d'acheter pour lui une charge de cadet dans le régiment suisse de Watteville, alors au service de la France, Jomini est envoyé à Aarau, pour se préparer à une carrière commerciale.
À l'âge de 14 ans, Antoine Henri fut placé, par ses parents dans la "Pension. mercantile pour jeunes Messieurs" qu'Emmanuel Haberstock avait fondée à Aarau.
Le 8 Avril 1795 il quitte Payerne pour Bâle, ou il allait faire un apprentissage de banque dans la maison Preiswerk.
En 1796, Il est agent de change à Paris, et rédige un journal des opérations militaires. Il lit les " Oeuvres posthumes de Frédéric II".
En 1799, Jomini devient aide de camp du ministre de la Guerre helvétique, puis avec le grade de capitaine, chef du Secrétariat de la Guerre.
En 1800, nommé Chef de bataillon, il réorganise le ministère de la Guerre suisse. Il propose l'uniformisation des règlements de manœuvre et des tenues, fait adapter diverses réformes tout en poursuivant ses études de stratégie.
Après avoir quitté le service de la République Helvétique, en 1801, Jomini regagne Paris, ou il travaille chez un fabricant d'équipements militaires, la maison Delpont. Il la quitte en 1803 pour commencer la rédaction de son" Traité de Grande Tactique". Il demande alors sans succès un emploi à Murat, alors gouverneur militaire de Paris, et à M. d’Oubril chargé d'affaires de Russie. Ney ayant lu le Traité l'emmène avec lui comme aide de camp volontaire au camp de Boulogne et lui avance l’argent pour commencer la publication rendue couteuse à cause des cartes st plans.
1804: Édition des deux premiers volumes du Traité des grandes opérations militaires, contenant l'histoire critique des guerres de Frédéric II comparées à celles de napoléon. Avec un recueil des principes généraux de l'Art de la guerre. Cet ouvrage reprend sous une autre forme le Traité de grande tactique que Jomini, insatisfait a détruit.
Le Général Jomini a fait une très longue carrière militaire, d'abord dans l'Armée Helvétique, avec le grade de Commandant, puis dans les Armées Napoléoniennes sous les ordres du maréchal Ney, et à l'Etat Major de la Grande Armée. Il a participé, de façon très notable, aux campagnes d'Allemagne, d'Espagne, et de Russie.
Il fut fait Baron de l'Empire le 27 juillet 1808.
Par suite d'un grave différente avec Berthier concernant sa nomination avortée au grade de Général de Division après la bataille de Bautzen, il rejoint au cours de l'armistice de 1813, l'Armée Russe à l'Etat major d'Alexandre.
En Russie, il a atteint le grade de Général en chef, et a été le précepteur du futur Nicolas Ier.
Il est l'auteur de très nombreux ouvrages d'histoire militaire tels que l'"Histoire des guerres de la Révolution", en 15 vols, une excellente "Histoire de Napoléon"... Il est surtout célèbre dans les Académies militaires, mais de plus en plus dans le grand public, pour ses ouvrages sur la stratégie, moins entachés de romantisme que ceux de Clausewitz. Le plus connu est son "Précis de l'Art de la Guerre", qui est très souvent réédité notamment aux Etats-Unis et en Allemagne, et qui fait partie de toutes les anthologies.
Tout récemment, les éditions Hachette Littérature, ont publié dans le cadre de la série " stratégie ", en livre de poche, un résumé de son histoire des guerres de la Révolution couvrant la période de 1792-1787 de Jemmapes à la campagne d'Italie.
Biographie et brève description des oeuvres du général de Jomini par Ferdinand Lecomte, tirées de l’ouvrage " Galerie suisse ". Vol. 111, pp. 1- 18. Lausanne, 1880.

Dans une galerie des Suisses célèbres, la figure du général Jomini est un type unique. Jomini résume toute une période de notre histoire, celle de ces services militaires à l'étranger qui ont attiré depuis près de quatre siècles un si grand nombre de nos concitoyens, et procuré à leur patrie, comme à beaucoup d'entre eux, à la fois tant de gloire et tant d'angoisses.

Avoir parcouru en tous sens l'Europe entière, dans seize campagnes, comme le fit Jomini, avoir assisté à une douzaine de grandes batailles et à une trentaine de combats, sans parler des révolutions; avoir pu connaître de visu le fort et le faible de chacun des camps hostiles, aux côtés des premiers acteurs, ordinairement dans le rôle ingrat de souffleur, exposé aux coups de sifflet, tandis que les honneurs et les profits allaient à d'autres, avoir du changer trois fois de drapeaux pour son compte et souvent d'alliés pour le compte d'autrui; au milieu de ses agitations, écrire une trentaine de volumes dont les principaux restent un monument impérissable de critique historique et d'exposé d'art militaire: ce sont là des états de service exceptionnels.

Henri Jomini naquit à Payerne le 6 mars 1779. De bonne heure destiné à l'état militaire, les crises politiques de l'Europe l'empêchèrent successivement d'entrer comme cadet au collège militaire du prince de Wurtemberg à Monbéliard, et au régiment suisse de Watteville en France. Se rabattant sur la carrière commerciale, il en fit un premier apprentissage à Bâle, dans la maison Preiswerk, puis il fut reçu comme volontaire, en 1796, dans la maison Moselmann à Paris. Il la quitta bientôt pour devenir agent de change, en compagnie de ses compatriotes vaudois, Rochat et Perdonnet. Au bruit des célèbres campagnes de 1796 et 1797, ses goûts militaires se ravivèrent. Il suivit les opérations avec attention, du fond de son cabinet, annotant les bulletins de victoire, les comparant avec les opérations des temps de Louis XIV et du grand Frédéric, s'éprenant d'un vif enthousiasme pour le génie du vainqueur de Rivoli. Entraîné par le courant politique et militaire du jour, il se mêla aussi d'une manière très active aux affaires suisses, dont on s'occupait beaucoup à Paris. Il fut un des premiers à réclamer, à l'instigation de Laharpe, la garantie donnée par la France, en vertu des traités, aux droits du pays de Vaud. Aussi la révolution de 1798 le fit rentrer au pays, comme lieutenant des troupes helvétiques et adjudant du nouveau ministre de la guerre Keller. Les services qu'il rendit dans cet emploi lui valurent le grade de capitaine le 17 juin 1799, et de chef de bataillon le 26 avril 1800, ainsi que l'entière confiance des ministres Repond et Lanther. A vingt ans, il était l'âme du ministère de la guerre, en même temps qu'un des plus ardents meneurs de la lutte engagée contre le patriciat bernois et ses satellites, qui s'appuyaient sur les impériaux, tandis que le parti révolutionnaire helvétique se trouvait de plus en plus poussé à faire cause commune avec la France.

La réaction de 1801, fatale aux unitaires suisses, força Jomini de quitter sa charge à Berne. Il retourna à Paris, où il espérait trouver de l'occupation ou un emploi selon ses goûts. Il prit d'abord un poste plus commercial que militaire dans la fabrique d'équipements Delpont, ce qui le mit en relation avec quelques hommes marquants et avec des agitateurs politiques, Français et Suisses, occupés à bouleverser l'Europe, et qui risquèrent de lui faire faire plus d'un faux pas. En compensation, ses goûts stratégiques se transformèrent à ce foyer révolutionnaire jusqu'à devenir une vive et haute passion, Il roulait dans sa tête le plan d'un
vaste ouvrage d'histoire et d'art militaire, qui déduirait des campagnes des grands capitaines, notamment de Frédéric Il et de la révolution française, un résumé de principes positifs et fixes sur les opérations de guerre, principes qui n'avaient encore été formulés méthodiquement dans aucun ouvrage ancien ni moderne: c'était son Traité des grandes opérations. Dès 1803, il y travailla assidûment et exclusivement, ayant quitté, pour cela, la maison Delpont. Le général von der Weid, Murat, l'ambassadeur russe d'Oubril, à qui il offrit à la fois ses services et ses manuscrits, ne se soucièrent pas plus des uns que des autres. Ses prétentions provoquaient le sourire. Le temps n'était pas aux livres. On faisait l'histoire, et quelle histoire! On ne l'écrivait pas encore; surtout on ne la lisait pas.

Ney fut plus avenant. Le brave des braves, le plus illettré des braves, avait assez d'esprit pour apprécier en d'autres ce qui avait manqué à son éducation première. Il prit Jomini sous son patronage, lui avança des fonds pour l'impression de ses premiers volumes, très coûteuse vu les planches-, il l'emmena comme aide de camp volontaire au fameux camp de Boulogne, où Napoléon remettait les vainqueurs de Marengo à l'école de peloton et formait la grande armée.

Heureux d'avoir enfin le pied dans l'étrier, Jomini, encore sous l'uniforme suisse, suivit Ney dans la campagne d'Ulm-, il eut l'occasion de s'employer utilement aux mouvements de troupes du 6' corps qui amenèrent la capture du gros de l'armée de Mack. Envoyé ensuite dans le Tyrol, puis au grand quartier général comme porteur des rapports, il l'atteignit à Austerlitz le lendemain de la célèbre bataille. A ses dépêches il avait joint les deux volumes imprimés du Traité, en marquant le chapitre des lignes d'opérations et le parallèle entre les systèmes de Napoléon et de Frédéric le Grand. Quelques jours plus tard, dans les loisirs du château de Schoenbrunn, l'empereur se fit lire ces pages par Maret, plus tard duc de Bassano. Fort étonné, puis courroucé de voir son système de guerre si bien dévoilé, il eut un moment l'idée de faire saisir ce livre. Mais il se radoucit en pensant que les vieux généraux qui commandaient contre lui ne le comprendraient pas s'ils le lisaient, et que les jeunes gens qui sauraient le lire ne commanderaient pas de sitôt, et il fit nommer l'auteur aide de camp adjudant du maréchal Ney, charge assimilée au grade de colonel.

En cette qualité, Jomini fit la campagne de 1806, non à son corps, mais au grand état major. Il y fut appelé parce qu'on pensait que, vu sa connaissance de l'armée prussienne, il pourrait fournir de bons renseignements, et dès la première entrevue avec l'empereur, arrivant de Paris à Mayence, celui-ci put savoir à quoi s'en tenir sur le compte de son aide de camp provisoire. Jomini lui ayant demandé la permission, sur l'avis qu'il ferait partie de la maison impériale pour cette campagne, de retourner aussitôt à son corps prendre ses équipages et de le rejoindre dans quatre jours à Bamberg, Napoléon s'écria sur un ton de vif désappointement: " Et qui vous dit que je vais à Bamberg? - La carte d'Allemagne, sire! " répondit Jomini en s'excusant d'avoir deviné, par divers indices d'état-major, que l'empereur voulait faire contre les Prussiens une opération analogue à celles de 1805 contre Mack et de 1800 contre Mélas, ce qui menait par Bamberg. " C'est bon, répliqua Napoléon, rassuré sur le secret de ses projets, soyez à Bamberg dans quatre jours, mais personne ne doit savoir que j'y vais. " Un mémoire sur Les probabilités d'une guerre avec la Prusse et les opérations qui auront vraisemblablement lieu, que Jomini venait de rédiger pour le maréchal Ney, à la suite d'intéressantes discussions sur ce sujet, mémoire auquel les événements subséquents donnèrent une complète sanction, contribua à montrer la sagacité de Jomini et la pleine connaissance qu'il avait de la méthode de Napoléon. La belle combinaison stratégique de 1806 se déroula comme l'empereur l'avait conçue, et comme Jomini l'avait prévue. Sur le champ de bataille, notre compatriote se comporta non moins bravement, en courant après Ney qui se laissait entraîner trop loin par son ardeur.

Après Iéna, Jomini suivit le grand état-major à Berlin, où il faillit tomber en disgrâce par suite d'un autre mémoire, aussi courageux que prophétique, mais très mal accueilli de Napoléon, contre la restauration de la Pologne. A la bataille d'Eylau, il était aux côtés de l'empereur pendant les chaudes péripéties du cimetière, et il reçut de lui, au moment le plus difficile, une importante mission confidentielle. Il devait, à la nuit, et pendant que le gros de l'armée française se dégagerait si Ney attendu ne rejoignait pas, rester à l'arrière-garde de Grouchy, accrédité auprès de ce général pour diriger les opérations, sans autre ordre que des instructions verbales connues de lui seul. Il s'agissait de faire bonne contenance, mais en se préparant à la retraite; d'assurer éventuellement celle-ci, tout en s'attribuant la victoire et surtout en évitant de provoquer des alarmes. L'arrivée de Ney, dans la soirée, sur la droite des Russes, rendit superflue cette mission, qui prouve néanmoins la haute confiance que Napoléon avait dans le coup d'oeil de Jomini.

La victoire de Friedland et le traité de Tilsit ramenèrent l'empereur à Berlin, Jomini l'y accompagna et travailla activement à ses Ill' et IV' volumes du Traité, puis il rejoignit l'empereur à Paris.

Là divers tracas qu'il avait déjà subis s'envenimèrent, par suite de sa position ambiguë et de ses réclamations, trop vives peut-être, pour la faire cesser. En même temps aide de camp du maréchal Ney, dont le corps était en Silésie, et attaché à la personne de l'empereur à Paris, il ne se trouvait régulièrement à sa place nulle part. Puis Berthier, le major-général, tout puissant en affaires bureaucratiques autant que nul et machinal en matière d'opérations, se montrait peu favorable à Jomini. Soit qu'il y eût antagonisme entre leurs caractères, à l'antipode l'un de l'autre, soit que Berthier eût pressenti un germe de rivalité, il n'épargna, dès l'origine, aucun déboire à notre compatriote. Bien que Ney eût demandé pour Jomini le poste de chef d'état-major du 6' corps, en remplacement du général Dutaillis devenu infirme, et que l'empereur y eût consenti, il fut nommé sous-chef seulement, aux ordres du dit général, créature de Berthier, lequel voulait lui conserver ses appointements en faisant faire sa besogne à Jomini. Celui-ci s'étant plaint par lettre à l'empereur, il s'ensuivit une scène piquante à la première réception de Fontainebleau-, Berthier n'y eut pas le beau rôle et ne le pardonna pas à l'officier suisse.

En attendant, Jomini, possesseur d'une nomination en due forme comme chef d'étatmajor du 6' corps d'armée, alla prendre son poste à Glogau, en Silésie. Bientôt le 6' corps fut acheminé sur l'Espagne, pour y précéder Napoléon lui-même, qui l'y laissa quand il se retourna contre l'Autriche. On sait que Ney ne fut pas heureux dans ses campagnes de la Péninsule, il manqua plus d'un bon coup, et quelques-uns pour n'avoir pas suivi les conseils de son chef d'état-major. Brouillé avec Soult et avec le roi Joseph, il envoya Jomini en mission auprès de l'empereur pour faire rapport sur ces affaires et présenter sa justification de l'évacuation de la Galice. Jomini rejoignit Napoléon à Vienne après la bataille de Wagram, il le suivit à Paris, quand la paix fut conclue.

De son côté, Ney s'était aussi rendu à Paris, de son propre mouvement, ensuite de ses discussions avec ses chefs et ses collègues. Mais Napoléon lui ordonna de retourner promptement à son poste. De plus en plus aigri contre tout le monde et contre lui-même, Ney demanda, pour cette reprise de la campagne, le renouvellement de son entourage et entre autres le remplacement de Jomini, qui devint ainsi, comme il arrive souvent aux chefs d'étatmajor, le bouc émissaire des fautes des chefs suprêmes. Jomini fut relégué dans la suite de Berthier, aux ordres de son adjudant, le colonel Bailly de Monthion.

La chute était rude, d'autant plus que cet état-major de Berthier était une sorte de dépôt d'incapables et d'invalides, occupés à faire des liasses de papiers en attendant quelque emploi secondaire. Ayant sollicité en vain son transfert à un commandement d'infanterie, modestement motivé sur son état de santé qui ne lui permettait réellement plus de faire un service pénible à cheval, et n'ayant reçu que des rebuffades, il demanda et obtint un congé pour cause de maladie. Il se retira en Suisse, dans l'idée de reprendre, après quelque repos, son ancien projet d'entrer dans l'armée russe, et de Baden, le 28 octobre 1810, il écrivait à Berthier pour donner sa démission de l'emploi d'adjudant-commandant. Cette lettre, à la fois supplique et ultimatum, et dont l'ironie, bien masquée sous l'humilité conventionnelle du style hiérarchique, ne pouvait se deviner que des initiés, aurait, sans doute, terminé tout conflit, si elle eût provoqué quelque mouvement de bienveillance de la part de Berthier et amené le transfert de Jomini à la tête d'une brigade d'infanterie. Rien de semblable ne suivit ou ne vint à temps. Aussi Jomini donna cours à ses offres de services à la Russie.

Il faut noter que les deux grands empires étaient alors intimes alliés. De plus, l'empereur Alexandre avait fait témoigner à Jomini, en manière de réparation du mauvais accueil de l'ambassadeur d'Oubril en 1803, sa haute satisfaction du Traité des grandes opérations, et ordonné la publication en langue russe. Les offres de service de notre compatriote ne pouvaient manquer d'être bien accueillies, il fut aussitôt nommé aide de camp de l'empereur.

Toutefois Jomini n'avait encore en poche ni son congé français ni ses diplômes russes, quand Napoléon, ayant eu vent de ses démarches, lui fit transmettre l'ordre impératif, par le chargé d'affaires français en Suisse, M. de Rouhières, de rentrer immédiatement à son poste. Après quelque hésitation, Jomini obéit, et, apprenant à Paris par le duc de Feltre, qui d'ailleurs était bien disposé pour lui, qu'il n'avait d'autre perspective que d'être enfermé à Vincennes ou de se soumettre avec le grade de général de brigade, il se soumit, restant toujours relégué à l'état-major de Berthier. Ainsi chacun de ses grades ou emplois ne s'obtenait qu'au prix de laborieux tiraillements. A cette époque, il publia la seconde édition du Traité et il commença l'Histoire des guerres de la révolution. (Paris 1811-1824, 15 vol. avec 4 atlas.)

La campagne de 1812 s'ouvre. Jomini reçoit l'ordre de suivre Napoléon en Russie. Répugnant à tourner son épée contre le prince qui naguère lui offrait une flatteuse position, il réussit à se faire nommer gouverneur de Wilna, puis de Smolensk, et il ne manifesta son activité habituelle que quand la grande-armée, subissant tous les malheurs d'une retraite sans exemple, revint en désordre sur ses étapes. En prudent chef d'état-major, il avait fait étudier toutes les routes de la région de son commandement; il put indiquer, au moment critique, une ligne de retraite par Wasselovo et Gembin sur Molodechno, beaucoup plus courte et moins difficile que celle sur Minsk, que l'empereur voulait suivre, et qui était déjà coupée par Tchichagoff Ses plans ayant été adoptés, il fut chargé, de concert avec le général du génie Eblé, de jeter les ponts sur les points indiqués de la Bérésina, et il exécuta courageusement cette mission, malgré une violente fluxion de poitrine. Fort malade au moment du passage, il fut abandonné sur la rive gauche par son collègue Eblé, peu content de l'adjonction qui lui avait été faite d'un général, son cadet, et qui n'était pas de son arme. Le tourbillon affolé des derniers fuyards le surprit et l'entraîna dans la rivière; il faillit être noyé et ne fut sauvé du milieu des flots et des glaçons que par le dévouement d'un sergent badois qui avait été son planton. Conduit au village de Brill, au logement des officiers du prince de Neuchâtel, on le mit sur le four pour faire sécher ses vêtements, dont il ne pouvait changer, n'ayant sauvé aucun bagage. La fièvre le reprit et le fit tomber dans un tel état de prostration que, au moment du départ, il fut de nouveau abandonné à sa destinée, jusqu'à ce que le duc de Bellune, commandant l'extrême arrière-garde, arrivé dans ce local, découvrit Jomini sur le four et le prit dans sa voiture. Mais celle-ci fut bientôt capturée par les Cosaques, auxquels Jomini n'échappa que par miracle, protégé contre leurs coups de lance par son manteau de peau de mouton qui était devenu, sur le four de Brill, une vraie cuirasse. Ayant pu rejoindre une batterie d'arrière garde, il continua la retraite, dévoré par sa fièvre, crachant le sang, tantôt sur un canon ou sur un caisson, tantôt sur un petit traîneau découvert; enfin d'Osmiana à Wilna dans la voiture du général Barbanègre. Poursuivant sa route par Kowno et Dantzig jusqu'à Stettin, il y reçut l'ordre de se rendre aussitôt à Paris, où il arriva si malade qu'il ne put, pendant trois mois, répondre à l'appel de l'empereur; celui-ci l'avait spécialement choisi avec son ami, le général Nègre, pour travailler auprès de lui à la réorganisation de l'année. Si les absents ont tort, c'est surtout en affaires militaires. Ces trois mois d'absence forcée firent sans doute manquer à Jomini la plus belle occasion de sa carrière.

Convalescent, et ayant rallié l'armée en Saxe, le jour même de la bataille de Lutzen, il fut nommé de nouveau chef d'état-major du maréchal Ney, qui commandait alors quatre corps d'armée. Il rejoignit son chef le 4 mai 1813 à Leipzig, juste à point pour prendre part aux opérations de la bataille de Bautzen. Nous touchons ici au moment le plus critique de la vie agitée de Jomini.

Par suite de dépêches égarées et de malentendus, le maréchal Ney se trouva nanti, à Luckau, de l'ordre de détacher le corps d'armée de Lauriston sur Hoyerswerda et de marcher avec les trois autres corps sur Berlin. Ne comprenant rien à ce mouvement excentrique, contraire à la méthode de Napoléon, Jomini chercha à en dissuader le maréchal Ney et, n'y réussissant pas, il refusa d'y participer comme chef d'état-major et de signer les ordres. Ney prit alors un moyen terme: il demeura vers Lubben, puis, ayant appris, par une malle interceptée, que les Russes de Barclay se portaient sur Bautzen, il prit alors sur lui de changer son mouvement; il eut le bonheur, on le sait, d'arriver assez tôt à Bautzen, le 21 mai 1813, pour écraser la droite alliée et décider la victoire, ayant reçu en route des ordres attardés qui l'y appelaient, ceci en parfaite conformité avec les prévisions et les conseils de Jomini.

Le maréchal Ney, héros de la journée de Bautzen, fut vivement félicité dans le camp français, et, avec une grande noblesse de caractère, il reportait franchement une bonne partie de ces félicitations sur son chef d'état-major. Il raconta hautement comme quoi, sans lui, il eût été trop engagé sur la route de Berlin pour avoir pu, à la réception des derniers ordres, se rabattre à temps sur Bautzen. Aussi mit-il de sa propre main le nom de Jomini en tête du tableau d'avancement et des récompenses, le proposant pour général de division.

Jomini s'attendait donc à une récompense publique de ses services, réalisant ses longs rêves et consacrant la réputation européenne que lui avaient faite ses livres. Il savourait avec bonheur l'avenir brillant qui allait enfin s'ouvrir devant lui, quand il reçut, de Berthier, au lieu de sa promotion si vivement désirée, les arrêts! oui, les arrêts avec mise à l'ordre du jour de l'armée comme incapable, le tout pour n'avoir pas envoyé de misérables états de situation, dits de quinzaine, dont il n'avait pu se procurer les éléments en temps voulu.

Exaspéré par un pareil traitement, la rage au coeur en mesurant toute la dureté de ce renouvellement des tracasseries de 1807 et 1810, il résolut de quitter à jamais des drapeaux qui, en définitive, n'étaient pas ceux de sa patrie et où il ne trouvait plus qu'humiliation et dégoût. Que ne s'est-il borné à cette résolution, en rentrant simplement en Suisse! Nul assurément ne l'eût blâmé, et il se fût épargné bien des amertumes. La fatalité des circonstances l'entraina plus loin. Homme de guerre avant tout, désintéressé politiquement dans la lutte en cours, dilettante passionné d'art militaire, il ne sut se résigner à assister oisif, du fond de notre paisible Suisse neutre, aux opérations se déroutant tout autour d'elle. Pouvait-il d'ailleurs oublier la bienveillance que lui avait montrée l'empereur Alexandre, qui n'avait pas révoqué ses diplômes en sa faveur, et qui se retrouvait en état de trêve avec son ancien allié Napoléon, grâce à la conclusion de l'armistice de Poischwitz?

Profitant de cet armistice, Jomini se rendit au quartier général russe, où il fut reçu avec distinction et promu au grade de lieutenant général et d'aide de camp de l'empereur Alexandre.

Loin d'avoir porté aux alliés des plans de campagne qu'il ne pouvait connaître, ainsi que ses détracteurs l'en ont accusé, le représentant comme un vulgaire traître de mélodrame, il résista à toutes les instances qui furent faites pour obtenir de lui quelques détails, même très futiles et connus, sur l'organisation de l'armée française. Par le même sentiment de loyauté, avant de quitter le maréchal Ney, il lui avait donné d'utiles conseils pour garantir l'armée, en cas de reprise des hostilités, et il avait ordonné lui-même, chemin faisant, des mesures à cet effet.

Jomini remplit ses nouvelles fonctions avec le même zèle que celles qu'il venait de quitter: on comprend que pour lui, Suisse et initiateur dans l'art militaire, le sentiment de cet art relevé et cosmopolite, joint à celui des devoirs du service, allait avant toutes choses, notamment avant l'attachement patriotique au drapeau français ou russe, qui pour les autres belligérants était le premier mobile.

Les alliés lui durent les importantes modifications du plan primitif rédigé à Trachenberg (marche de flanc sur Leipzig devant Dresde), sans lesquelles leur armée eût été compromise entre l'Elbe, le Rhin et la mer du Nord, modifications qui eurent plus tard le plein assentiment du célèbre archiduc Charles, disgracié en 1813. Bien que ses avis n'aient pas été suivis ou aient été mal suivis par l'état-major coalisé, soit en attaquant Dresde trop tard et trop mollement, alors que Napoléon n'y était pas encore, soit en ne se repliant pas sur le bon champ de bataille de Dippodiswalde, quand on apprit son arrivée à Dresde, soit enfin en se retirant trop tôt et trop loin, jusque derrière l'Eger, après les échecs des 26 et 27 août, Jomini n'en eut pas moins l'occasion de rendre encore de bons services dans les principales journées de cette grandiose campagne, à Dresde, à Culm, à Leipzig. Ces services, de nouveau, furent mal récompensés. La jalousie et l'intrigue, dans le grand aréopage militaire et politique de la coalition, avaient beau jeu contre cette nature franche et ardente, délicate et susceptible, intraitable dès qu'il s'agissait des principes de la stratégie, dont les courtisans ne s'inquiétaient guère. Trop peu soucieux de ses intérêts personnels et de ceux de ses camarades, ainsi que de leur amour-propre, il se laissa parfois entraîner à des propos vifs et inconsidérés, qui frappaient jusqu'aux souverains auprès desquels il exerçait ses hautes fonctions, et qui furent exploités à son détriment. Dès les premiers jours, d'intempérantes critiques l'avaient brouillé avec plusieurs de ses collègues qui n'étaient pourtant pas sans mérite, avec Radetzky et Toli entre autres, dont il avait rudement apprécié les projets et les plans. A propos de leur projet de retraite derrière l'Eger, il s'était même écrié devant tout l'état-major: " Quand on fait la guerre de cette façon, il vaut mieux s'aller coucher! "

Il n'en fallait pas tant, on le comprend, pour que la bienveillance d'augustes monarques à l'endroit d'un général étranger, et naguère ennemi, s'en trouvât altérée.

Après la bataille de Leipzig, Jomini aurait préféré rester à Weimar, mais il rejoignit l'empereur Alexandre à Francfort, pour veiller de plus près à ce qui allait se passer en Suisse. S'il ne réussit pas à préserver son pays de l'invasion, qui se fit frauduleusement par une intrigue bernoise et autrichienne contraire aux intentions de la Russie, il fut assez heureux pour contribuer à faire écarter les projets qui menaçaient l'indépendance et l'intégrité de la Suisse, et pour assurer les droits des cantons de Vaud et d'Argovie conformément, cette fois, aux promesses solennelles que lui avait faites l'empereur Alexandre, dès le surlendemain de la bataille de Leipzig.

Des écrivains malveillants ou mal renseignés lui ayant imputé, à cet égard, des démarches absolument opposées à ses actions, il adressa à l'historien Capefigue une lettre imprimée qui jette une grand jour sur ces événements, et sur la part réelle qu'il y prit. Il n'était pas non plus partisan de l'invasion de la France. Par un reste d'attachement à ses anciens drapeaux, autant que par une sage politique au point de vue russe et européen, il estimait que la France ne devait pas être trop amoindrie, et il aurait voulu qu'on lui laissât, pour contrebalancer la prépondérance de l'Angleterre et de l'Allemagne, la forteresse d'Anvers et la ligne du Rhin. Il fit la campagne de France en 1814 et 1815, sans prendre part aux opérations, si ce n'est par quelques conseils qu'on vint lui demander aux heures de perplexité, où les généraux alliés croyaient tout perdu. Il assista aux congrès de Vienne en 1815, d'Aix-la Chapelle en 1818, de Vérone en 1823, parmi les conseillers de l'empereur Alexandre.

Nommé général en chef en 1826, à l'occasion du couronnement de l'empereur Nicolas, il accompagna ce souverain dans la campagne de Turquie de 1828. On lui doit entre autres les mesures principales qui amenèrent la prise de Warna, et de sages directions pour la campagne de 1829. La Russie lui est aussi redevable de la création de son académie militaire, excellente institution qui, mieux dirigée qu'elle ne l'a été dans son application, eût donné de précieux résultats.

En 1837, chargé spécialement de l'instruction militaire du grand-duc héritier, il rédigea, dans ce but, les divers chapitres de son Précis de l'art de la guerre, résumé dogmatique de ses écrits didactiques, devant servir de guide au répétiteur du jeune prince. Lui-même, ensuite, ajoutait les développements nécessaires. La même année, ainsi qu'en 1843, époque où il habitait Paris, il fut appelé à rédiger deux mémoires, restés inédits, sur La défense de la Russie par un bon système de.forteresses, et sur La politique militaire de la Russie. Sa constante idée politique était de se prémunir contre la prépondérance de l'Angleterre, e t contre le monopole de la puissance maritime qu'elle tendait à s'attribuer. Il voyait dans une alliance de la Russie et de la France les meilleures garanties d'un équilibre des mers, sans lequel l'équilibre européen n'était qu'un leurre. Navré par l'alliance anglo-française et par la guerre de 1854, il se rendit -à Saint-Pétersbourg, malgré ses soixante-quinze ans et l'état déplorable de sa santé, pour assister à quelques conseils de guerre, où ses avis ne furent, comme d'habitude, que tardivement écoutés. Ils lui méritèrent, néanmoins, un rescrit très flatteur de la main de l'empereur Alexandre Il. Quatre mois -plus tard il repartit, très malade, pour le midi, séjourna à Bruxelles jusqu'à la fin de la guerre, puis retourna à Paris. Il en sortit quelquefois encore, pendant l'été, pour séjourner en Bretagne ou en Touraine, chez ses enfants, ou aux eaux d'Evian, et en Suisse en 1858 et 1859. A Lausanne il reçut un accueil empressé, bien différent de celui qu'il y avait trouvé, malgré les services rendus à la Suisse, trente ans auparavant, époque où l'opinion qu'il avait trahi Napoléon était encore accréditée. Les autorités vaudoises le fêtèrent. Le Conseil d'Etat lui offrit un dîner officiel, fit faire son portrait pour le musée de Lausanne par son compatriote Gleyre, habitant alors Paris; portrait peu réussi, par parenthèse, et où, à part le haut front aux plis soucieux et la bouche fine et narquoise, tout à fait dignes d'un illustre pinceau, rien ne rappelle la tournure élégante, élancée, la tête bien portée de l'original. La Société militaire fédérale le nomma l'un de ses membres honoraires. Il fut si touché de ces témoignages de sympathie qu'il eut un moment l'idée de se fixer à Lausanne et d'y finir ses jours. Mais Paris l'emporta. C'était son séjour de prédilection, auquel le rattachaient de nombreux liens de famille, par sa femme, d'origine parisienne, et par deux de ses filles mariées en France. Disons, en passant, qu'une autre de ses filles et ses deux fils étaient russes et fort bien établis en Russie, de sorte que l'alliance qui faisait le fond de sa haute politique se trouvait déjà réalisée dans son intérieur et pouvait bien n'être qu'un des échos de sa charmante retraite de Passy; là les deux nationalités manquaient rarement de se rencontrer en nombre aux principaux anniversaires, notamment au 6 mars, luttant de soins attentifs et de gentillesse autour de vénéré patriarche. C'est là, rue de la Tour, 129, que quelques jours après son quatrevingt-dixième anniversaire, Jomini fut atteint d'une dernière crise, qui l'enleva le 22 mars 1869.

Bien que depuis longtemps accablé de maux de toute espèce, fièvres, catarrhes, rhumatismes, gastrite, surdité, puis cécité presque complète, maux dont il se plaignait constamment en les mettant sur le compte de son bain de la Bérésina, l'esprit resta lucide et actif jusqu'aux derniers moments. Deux mots de stratégie lui redonnaient sa vivacité de trente ans. Retenu sur son fauteuil de misères, son plaisir était d'avoir des nouvelles des travaux militaires de tout genres, publications, camps de manoeuvres, armements, etc., qui se faisaient en Europe, de causer des éventualités de guerres ou des guerres présentes, en les comparant aux siennes. Alors il s'étendait sur le récit des opérations auxquelles il avait pris part, passant légèrement sur les batailles pour appuyer sur les mouvements préparatoires et décisifs. Sa mémoire était sûre et inépuisable, sa diction, claire, animée; ses digressions, nombreuses et pleines d'à-propos, ramenaient toujours l'auditeur à des conclusions d'une grande justesse sur le fond du sujet lui-même. Voyant peu de monde depuis une dizaine d'années, il recevait cependant volontiers quelques visites d'officiers français et étrangers, russes, belges, suisses, américains, qui se faisaient un devoir, passant à Paris, de lui présenter leurs hommages. Il entretenait aussi avec plusieurs d'entre eux une correspondance suivie, se préoccupant sympathiquement de leurs travaux, ne manquant jamais l'occasion de leur donner de salutaires conseils et d'encourager leurs efforts.

Les ouvrages de Jomini jouissent à bon droit d'une réputation universelle. Elle ne leur sera pas enlevée de sitôt. La grandiose campagne de 1870-71, loin de les reléguer au nombre des vieilleries, a ravivé et raffermi leurs principes, aux yeux des gens qui prennent la peine de distinguer les applications diverses qu'il faut en faire, suivant les cas, et qui ne se payent pas d'apparences. Si les vainqueurs de 1870-71 ont presque constamment triomphé par la même méthode de doubles ou triples lignes d'opérations et d'enveloppement stratégique, si bien châtiée par Napoléon à Castiglione, Montenotte, Rivoli, Austerlitz, Dresde, ce n'est point à dire qu'elle vaille beaucoup mieux aujourd'hui qu'alors, ni que les nouvelles armes aient notablement changé la stratégie: c'est parce que les battus de 1870-71 n'ont pas appliqué aux circonstances dans lesquelles ils se trouvaient les principes que ces circonstances réclamaient, ceux des positions centrales et des lignes intérieures, si bien déduits par Jomini de toutes les campagnes du grand Frédéric et de Napoléon. Les campagnes de ces deux grands capitaines restent encore, quoi qu'on en veuille dire, la meilleure école de stratégie, ce qui ne saurait diminuer les mérites transcendants des campagnes prussiennes de 1866 et 1870-71, au point de vue de la tactique et de la logistique. Les caprices de la mode n'ont donc rien à faire avec la valeur des écrits de Jomini. En changeant quelques facteurs aux formules générales, travail aisé, ils peuvent être lus avec profit aujourd'hui encore, aujourd'hui surtout, dans les principaux états militaires de l'Europe.

D'ailleurs la lecture des ouvrages de Jomini n'est nullement pénible. Les récits qu'il met dans la bouche de Napoléon ont parfois du piquant, de la grandeur même. Quelques-uns de ses opuscules ne manquent ni d'esprit ni d'entrain. Dans ses grands écrits, les mérites du fond sont souvent relevés par ceux de la forme, d'une forme particulière, il est vrai. Le style n'est pas brillant et ne cherche pas à l'être. Il est tout simplement clair, sobre, précis; mais les faits sont habilement coordonnés, les arguments méthodiquement agencés, le tout si bien tissé, si nettement exposé et déduit que la conclusion manque rarement son effet décisif Maints chapitres deviennent des drames fort bien menés d'action et de dénouement. il est peut-être le seul auteur militaire qui soit parvenu à se faire lire avec intérêt par les personnes étrangères à la profession des armes; bien entendu que nous ne comprenons pas l'historien des guerres du consulat et de l'empire, malgré ses admirables récits militaires, au nombre des auteurs spéciaux, et, si nous l'y comprenions, ce ne pourrait être que parmi les meilleurs disciples du maitre: Jomini et Thiers avaient entretenu des relations personnelles assez suivies et dans d'excellents termes d'estime réciproque.




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